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mercredi 28 décembre 2011

Le temps d'aimer

Quand j'étais enceinte, j'imaginais mon accouchement comme un déferlement d'émotions, des pleurs, un amour inconditionnel qui m'envahissait, quelque chose d'évident.
Puis j'ai accouché, et déjà ça ne s'est pas très bien passé, et du fait nous avons été séparées, ma fille et moi, lors de ses premières minutes de vie. 

Quand son papa me l'a amenée et me l'a déposée dans mes bras, je n'ai pas pleuré. Je l'ai regardée, je l'ai trouvée mignonne. Et puis voilà. Je ne ressentais pas ce besoin d'être sans cesse avec elle, cette "fusion" dont me parlait partout, dans tous les livres que j'avais lu.

J'étais fière de l'avoir fait. D'avoir porté la vie, de l'avoir mise au monde, mais cette petite fille, je ne me sentais pas plus attachée à elle que ça. J'avais parfois l'impression, qu'on allait me la reprendre. Comme un enfant qu'on garde, en attendant le retour de ses parents. Je l'aimais, certes. Mais parce qu'elle était une enfant que je côtoyais tous les jours et que les liens se nouaient ainsi.

Du coup, j'en rajoutais beaucoup devant "les autres". Je ne voulais pas "qu'on voit" que je ne me sentais pas mère. Je ne voulais pas qu'on devine, qu'elle ne me manquait pas quand je sortais, quand je la confiais... Alors à la moindre photo, au moindre regard, je la regardais, avec les yeux pleins d'amour , cet amour que je ne ressentais pas. 

Mes parents ont dans leur salon une photo où je tiens ma fille qui me regarde du haut de ses trois semaines et moi j'ai le regard ailleurs, échappée déjà loin de ce change qu'il fallait donner. Je crois que c'est la photo la plus réaliste de ce moment: pas que je ne l'aimais pas mais "cette fibre maternelle", ce coté lionne, l'envie de tuer pour la protéger ne me submergeaient pas. 

Même aujourd'hui quand je raconte ça j'ai un peu honte. Je m'étais tellement battu pour qu'elle vive, pour que son papa l'aime, pour qu'elle grandisse là au milieu de nous deux, alors pourquoi, alors que j'entendais, que je lisais, partout des femmes qui disaient "je l'ai aimé au premier regard", moi je ne ressentais pas cet amour si fort

Puis petit à petit, comme une personne qu'on apprend à connaître je l'ai aimée. Je l'ai reconnue comme ma fille, comme ma chair et je me suis sentie mère et lionne, et louve. Il m'aura fallu deux ans.

Je ne me suis jamais sentie fusionnelle avec elle mais aujourd'hui je nous sens très complices et quand je lui dis "je t'aime" je sens toute la puissance que je mets dans mes mots.

Voilà. je voulais écrire ce post parce que je voulais dire à celles qui passent par ce genre de questionnements, qui ne ressentent pas cet "amour total" envers leurs enfants, ni cette fusion, que vous n'êtes pas forcément anormal. J'ai beaucoup déculpabilisée quand j'ai vu l'émission "mère indigne", où Emma Defaud disait que "l'amour se construit surtout au jour le jour avec ses enfants". Et je la remercie, de bien vouloir dire tout haut ce genre de petites phrases qui font se sentir soudainement "normale".

Et puis je suis tombé par hasard sur un bouquin de Françoise Xenakis à la bibliothèque dont je ne me souviens plus du titre mais qui disait qu'a la naissance de sa fille, lorsqu'on  lui avait posé son bébé dans les bras, elle n'avait ressentit aucun amour sur le coup mais comme toute personne, elle avait appris à l'aimer à force de la côtoyer et de la découvrir....

Voilà. Je voulais vous dire qu'on a le droit de ne pas se sentir mère tout de suite. Pas fusionnelle. Pas folle de son bébé. Que comme dans toute relation, c'est une relation à deux et que parfois 9 mois ne suffisent pas. 

L'amour c'est comme une maison. Parfois il faut la construire brique par brique et parfois on arrive, on visite et c'est évident c'est celle-là qu'on aime...


15 commentaires:

  1. C'est très joli ce que tu dis, et je m'y reconnais beaucoup.
    Je n'ai pas non plus eu ce truc quand mon fils est né, de la mère louve, de l'amour inconditionnel. En plus et même si je l'avais tellement attendu et désiré, j'avais détesté être enceinte!
    Mais c'est venu doucement, et aujourd'hui cet enfant, MON enfant, est l'Amour avec un grand A...

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  2. Elle est belle ton histoire (la dernière phrase est magnifique).

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  3. très bel article, j'ai une petite fille de 6 mois et demi et je m'étonne chaque jour de l'aimer davantage, comme une maison qui prend forme ta métaphore est terriblement juste. Dès le début, j'aurai donné ma vie et tout ce que je possède po...ur elle mais je ne suis pas sure que l'on peut appeler cela de l'amour, c'est juste une forme d'instinct primaire... après l'amour vient mais je me dis au fond que cela est plus "normal" et plus équilibré ainsis, je n'ai jamais cru au coup de foudre de toute façon. Cette expression me semble si surfaite et éphémère... Sabine

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  4. texte magnifique qui traduit bien ce que beaucoup de mère ressente(moi la première)

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  5. J'aime beaucoup ! ;-) J'ai eu une césarienne et je n'ai eu ma fille dans les bras qu'à mon retour dans ma chambre. C'est dans les bras de son papa qu'elle a été en premier et pendant des semaines j'avais l'impression que c'était son enfant et pas le mien...surtout qu'elle lui ressemblait très fort. Mais je ne lui en voulait pas vraiment, c'était comme ça !
    Oui, c'est vraiment petit à petit que la relation s'est crée mais comme toi, je n'ai jamais été fusionnelle avec Paulette et parfois je me sens anormale...

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  6. Bah tu vois y a pas de quoi... Je crois vraiment à la psychologie mais je crois que c'est comme la médecine, des fois il y a des certitudes qui sont fausses. La fusion mère enfant n'est pas obligatoire ou du moins ne s'exprime pas forcément par le besoin constant d'être avec eux. Je crois que regarder Eloïse grandir, la sentir déjà grande à jour, et chercher à communiquer plus qu'a dorloter était ma façon à moi d'être fusionelle... Et puis les premières minutes d'une vie compte beaucoup aussi je pense....

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  7. Il y a 7 ans et demi, j'ai participé à l'émission les maternelels sur le thème de l'instinct maternel... que je n'avais aps eu à la nissance de ma fille. Mon témoignage avait touché pas mal de monde, des parents dont l'enfant fréquentaient la même crèche que ma fille m'ont remercié de ce témoignage. Tu n'es pas un cas isolé, l'amour ça se construit petit à petit et maintenant tu sais qu'il est plus fort que tout. gros bisous. Tu es une super maman <3

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  8. Très beau ton article ,c'est juste et bien ressenti ce que tu dis...les liens se construisent avec le temps,l'apréhension et la découverte de l'autre. Armelle

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  9. C'est beau, ce que tu dis, et très pudique.
    Pour ma part, ça a été encore autre chose, j'ai dû attendre 15 jours pour la voir, cette toute petite chose de 1kg et de 36 cm dont je ne pouvais même pas prendre soin... Les relations mère-enfant sont toutes tellement différentes... mais pas dans le plus ou le moins. C'est en cela que ton témoignage est intéressant. Bious, toi !

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  10. Je pensais avoie une grossesse de rêve j'ai été alitée 6 mois sur 9... Je pensais être enfin libérée de mes angoisses de fausses couches et de tous les autres symptômes par l'accouchement mais j'ai failli y passer. Quand on a posé mon fils sur moi il était tout petit et avait l'air paumé (comme moi!) du coup ça nous a immédiatement rapprochés! ;) mais ma grossesse a été une telle angoisse qu'aujourd'hui je suis traumatisée. Il me faudrait une longue psychanalyse pour replonger dans la maternité je crois. Il y a un fossé entre ce qu'on perçoit de la maternité, de l'amour maternel et ce qu'ils sont vraiment: un challenge quotidien! ;)

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  11. Tous vos témoignage prouve une chose c'est que la maternité finalement est unique et universelle. Selon, ce qu'on a vécu, comment on a vécu notre grossesse, les premiers instants, et notre propre histoire, tout cela va conditionner notre façon d'aimer, notre relation avec nos enfants. les psy, devraient venir lire vos témoignages! Un bon cas d'études!

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  12. Je cherchais les mots pour exprimer ce que je ressens de puis le 28 décembre 2010.
    Et je lis ton article et je sens les larmes montées.
    C'est exactement ça.
    J'ai du patienter presque 3h avant de voir ma fille.(césarienne)
    Une fois que je l'ai eu dans les bras j'étais juste contente.
    Même lors de la première têtée je n'ai pas eu de sentiment d'amour inconditionnel.
    Je suis scotchée par ton récit car je me suis comportée exactement de la même manière que toi. J'ai surjoué.
    Mais au final pour rien au monde je retournerais à ma vie d'avant.
    Elle est mon moteur ma fille. Le ciment de cette maison!
    Merci

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  13. Etant donné que l'article a été publié le 28 décembre 2011, faut-il y voir un signe... Je suis contente que ça t'es plus... Et tu vas voir: plus ils grandissent et plus on les aime...

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  14. J'ai accouché par césarienne le 05/08/2012. Complètement dans les vapes quand on m'a donné fiston, ma première émotion ce fut... un haut le coeur LOL
    Entre l'émotion et la peur de la césarienne (non programmée !), les restes de l'endormissement... je n'ai pas du tout eu d'amour fou pour mon petit.

    Les jours à la maternité ont été l'horreur et je n'ai pu apprécier ce bébé qui m'était toujours un peu étranger.

    Et puis le retour à la maison a arrangé les choses. Même si les 1res semaines j'avais beaucoup de mal à ne pas avoir envie qu'il se taise ou qu'il me fiche la paix de temps en temps.
    En fait le "truc" c'est que je n'aime pas les nourrissons. Je pensais qu'avec le mien ça irait mais non c'est pareil.

    On devient beaucoup plus complices depuis qu'il a environ 6 semaines. Il babille, "joue", souris. C'est un vrai petit bébé et plus un estomac sur pattes :P

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    1. Je suis devenue très fusionnelle avec ma fille à son entrée à l'école! Elle parle beaucoup et du coup on partage beaucoup. Je crois que l'échange verbal y fait beaucoup... Peut être seras tu comme moi... Plus fusionnelle grâce aux mots...

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