Vous le savez je travaille auprès d'adultes déficients intellectuels. Si ma boite tend a tirer les jeunes vers la valeurs travail (sans salaire s'entend...), je continue de penser que là n'est pas l'essentiel de notre mission. Je m’inquiète d'autant plus des questionnements de ces jeunes gens sur la vie en général. Et notamment sur leur vie amoureuse
Comme tout jeune gens le questionnement sur la sexualité, la vie amoureuse, et la maternité ne se fait pas en famille... Il est déjà difficile quand on a 16 ans de dire qu'on a envie de se taper la voisine du 1er alors quand on est handicapé, qu'on ne trouve pas les bons mots et qu'on vit dans une famille qui pense qu'on est asexué, sans pulsion sexuelle autant dire que c'est impossible...
Alors de temps en temps j'ai cette remarque qui revient de la part de certaines filles qu'on accueillent... "Mowgouaille, je veux un bébé avec mon amoureux".
Que répondre? Lui dire qu'elle ne pourra pas? Mais je suis qui pour interdire a qui que ce soit d'avoir un enfant? On en connaît pleins des faits divers, des gens qui ne savent pas s'occuper de leurs enfants alors que eux, même s'ils n'ont pas les moyens intellectuels, eux sauront donné l'amour et l'attention.
Mais je sais aussi qu'ils n'ont pas les capacités mentales pour s'en occuper... Comment pourraient t-ils l'accompagner dans les études et l'évolution dont il aura besoin...
J’essaie toujours d'amener les filles a se rendre compte par elle même que ce désir va être difficilement réalisable, mais que ça ne veut pas dire que c'est une vie sans enfants qui les attends. Il y aura des neveux. Des nièces, peut être des filleuls mêmes..
Après, la décision leur appartient. Et je le leur dit. J'explique que pour moi, il me semble que ce n'est pas une bonne idée, mais que je ne suis pas maître de leur vie et que cette vie-là leur appartient.
Je connais une situation ou un couple de personnes trisomiques a eu un enfant. Il est élevé par leur famille. Ils s'en occupent le week-end lorsqu’ils rentrent du foyer où ils vivent la semaine. La décision a été prise en famille et ils s'en occupent aussi bien qu'ils le peuvent.
Je connais aussi une jeune femme qui est tombée enceinte. La mère moins ouverte que la précédente famille s'en est rendu compte a 6 mois de grossesse. Avortement médical et ligatures des trompes. Traumatisme pour la jeune femme.
Je comprends qu'on n'ait pas forcement le courage de prendre en charge un tout petit lorsque ses propres enfants ne sont pas capables de s'en occuper. Mais on ne peut tout de même pas nier ce désir d'adulte légitime et acceptable. On ne cesse de crier qu'il faut leur donner les mêmes droits qu'à tous, on leur donne le droit de vote dont ils ne savent que faire car, pour beaucoup, ils ne comprennent pas les différents tenants et aboutissants d'un mouvement politique (on a déjà du mal nous...) mais on occulte complétement leurs désirs les plus intimes et les plus légitimes: fonder une famille avec celui qu'on aime.
A l'heure ou on nous pond des lois sur l'égalité du monde du handicap et du monde lambda, pourquoi cette question de la maternité est-elle si tabou? Ce qui nous semble si acceptable de la part de madame tout le monde, au point qu'on accepte de réfléchir sur les mères porteuses en Inde ou les enfants vendus, on nous fait accepter tous les extrêmes, personne ne pense a trouver des pistes de réflexion, des endroits ou ces femmes et ces hommes pourraient élevés leurs enfants avec l'aide d’éducateur, de travailleur sociaux...
Notre société a une capacité incroyable a choisir ses égalités... On occulte joyeusement ce qui nous gène, ce qui nous semble insupportable: la sexualité des personnes handicapés et leur désir de parentalité...
Moi je dis qu'avant les lois, il va falloir faire un bon chemin de notre coté pour promouvoir cet équité...
Pas facile comme sujet...
RépondreSupprimerEt donc, pour les enfants, ils sont toujours orientés vers le travail "pour leur bien et leur intégration à la société" mais sans être payer... Ca me déprime...
Une question : une mère a le droit de forcer sa fille à se faire faire une ligature des trompes? C'est violent quand même...
Ca me donne un sentiment d'un déni de son droit à disposer de son corps et un manque de respect vis à vis d'elle. Maintenant, c'est vrai que je ne suis pas à la place de la mère et que je ne sais pas ce que c'est de vivre une situation pareille... Donc je ne veux pas juger.
Je ne sais pas si il y a une solution à ce problème.
Je ne crois pas qu'il y ai des "solution s" à trouver... Je ne crois pas qu'on soit apte à juger qui peut avoir un desur maternel assumé, et qui ne le peu pas... le problème, s'il y en a un, c'est qu'on offre rien d'autre comme solution à ces personne que l'interdiction. Pourquoi pas des suivis spécialisés? Il y en a pour des familles lambda alors pourquoi pas pour ces couples là?
Supprimerj'ai abordé le sujet de la sexualité chez les adultes handicapés avec ma maman monitrice éducatrice, quand je suis revenue d'un séjour pour adultes handicapés durant lequel j'étais encadrante.
RépondreSupprimeril y avait un couple, alors la question m'a un peu "travaillé". Mam' me parle souvent des adultes avec lesquels elle travaille, et dont on dénigre les pulsions sexuelles comme tu le dis si bien dans ton billet.
Je suis désormais touchée personnellement par la question car la petite soeur de Chéri est trisomique, et parle régulièrement de son désir d'enfant, exacerbé cette année par le fait que leur soeur ainée va accoucher en aout...
Bref, tout ça pour dire que c'est un sujet dont on parle trop peu je trouve!
Je crois, si ke peux me permettre, qu'il faut valoriser son statut de tante. Lui permettre plus tard de la garder une heure ou deux (bon à partir de 3 ans et en fonctions des capacité de ta belle-soeur). J'ai un jeune au centre qui a complètement investit ce statut, et qui du coup a une réel place dans la vie de ce petit garçon de 3 ans. Du coup la question de la paternité a disparu avec ce rôle là... mais plus facile pour un garçon. D'autre filles, plus agés ont un rôle plus maternant avec leurs neveux et nièce... ça n'enlèvera pas la douleur mais offrira un statut particuliers. Et surtout ne rien interdire... Écoutez son désir et lui dire clairement ce que vous en pensez mais lui dire que même si il vous semble que ce n'est pas une bonne idée, c'est sa vie... Bref, une question de dosage quoi!
SupprimerBeau billet! Effectivement je ne crois pas qu'il y ait "une bonne" solution. Chaque situation, chaque envie... est différente.
RépondreSupprimerJe trouve très violent un ligature des trompes...
Ce sujet est bien évidemment délicat, mais le handicap ne doit pas être ce qui nomme les gens. Ce sont avant tout des êtres humains et pour la plupart dotés de sentiments. Ce ne sont pas des bêtes...
En tous cas, bravo pour ton travail, je suis certaine que tu leur apportes bcp, mais je suis sure qu'ils t'apportent aussi.
ça c'est sur!!! La ligature des trompe s'est énormément fait il y a 20 ou 30 ans... C'est une pratique abandonnée mais on trouve encore quelques médecin qui, en accord avec les tuteurs bien souvent parents acceptent de le faire. Mais il faut quand même admettre que grâce au travail fait sur le terrain avec les familles, on comprend de mieux en mieux les personnes et c'est pratiques deviennent obsolètes et choquantes
SupprimerTon billet me touche beaucoup.
RépondreSupprimerJe me suis souvent posé la question pour ma petite soeur trisomique : que vais-je lui répondre le jour où elle me demandera pourquoi elle ne pourra pas avoir un enfant ? Parce que je sais que ça arrivera un jour ... Car elle adore les bébés, les enfants. Elle est hyper affectueuse et ça me fait mal au coeur pour elle quand j'y pense.
Pour le moment, je fais en sorte qu'elle puisse tenir une place bien particulière dans la vie de mes enfants. Plus pour Nathan car Clémence est encore petite et maintenant qu'elle vit en Belgique, ma petite puce ne la connaîtra pas tellement.
En tout cas, je t'admire ! Parce que tu fais un travail difficile mais avec coeur et générosité. Je suis contente de croiser ta route, tu es une belle personne et une amie précieuse.
Bisous
Comme toi je travaille avec des adultes déficients intellectuels et effectivement de nombreux pas sont encore à faire par beaucoup pour déjà simplement dépasser leur peur et accepter de s'approcher de la personne handicapée sans avoir un regard de pitié ou de crainte. Maintenant je trouve que cela évolue et habitant une petite ville les choses se font plus naturellement car les commerçants, les habitants sont habitués à les côtoyer et commencent à dépasser le regard apeuré. Maintenant la question de l'amour et des enfants est effectivement parfois compliquée mais pour moi je suis convaincue que chacun a droit à sa vie et que simplement il faut trouver l'accompagnement.
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