On a tous était touché par cette tuerie.
On a tous eu cet instant où on a regardé nos enfants, nos voisins, nos neveux et où on s'est dit "et si c'était ici que ça se passe".
On a beau se dire que c'est loin, qu'il y a tant d'autres atrocités qui se passent dans le monde, tant d'enfants dont on ne parle pas, il n'y a rien à faire on compare, on regarde, on se glace le sang.
Je suis comme tout le monde prise entre cette indécence d'avoir cette pensée, et la honte qui s'en suit.
Mais je m'oblige toujours à revenir à cette pensée "Ce n'est pas moi".
Pourquoi?
Parce que si je me laisse submerger par cette émotion qui n'a pas lieu d'être je ne pourrais pas penser de façon censée, humaine et avec recul. Si je veux être impartiale et réfléchir sur cet état de fait, tant sur un plan législatif (le port d'arme) ou philosophique (le bon et le mauvais) je me dois d'être impartiale et neutre. Peu m'importe où se construit ma pensée puisqu'elle se construit, elle doit se construire avec la tête et non avec le cœur.
Quand je milite contre la peine de mort et qu'on me tend comme argument "et si c'était ta fille?", je répond toujours, "mais ce n'est pas ma fille et c'est ce qui me permet de construire ma réflexion et de rester humaine, même face à l'inhumanité.
Parce que le tueur, le violeur est aussi l'enfant de quelqu'un, le frère, l'ami. Et celui qui est accusé à tord ou à raison, pourrait tout aussi bien être l'enfant de l'une d'entre nous... Si on "se met à la place de", on se met à la place de tout le monde ou de personne."
Quand j'étais enfant, par peur, un soir, j'ai suivi un inconnu dans la rue. Je savais très bien ce qu'il me voulait, j'avais été bien prévenu par ma mère, mais l'idée de me retrouvée coincée dans l’ascenseur avec lui me paraissait plus dangereux qu'être dans le quartier où je connaissais tout le monde... L'histoire s'est bien terminé, au "moment critique", j'ai hurlé et j'ai réussi à me sauver.
Arriver chez moi, j'ai tout raconté à mes parents qui avaient été tétanisés par ma disparition soudaine. Mon père m'a attrapé par la main et on est descendu sur "la dalle" (c'était le nom de mon quartier) et il s'est mis a scruter.
Au bout de 5 minutes, il est remonté. Plus tard je l'ai entendu raconter cette histoire à des amis: "j'avais envie de lui casser la gueule. Mais finalement, ce n'était pas honnête pour Mowgouaille. Je laissais parler mes instincts primaires oubliant de la protéger et de lui laisser sa chance à elle d'obtenir justice". C'est la plus belle preuve d'amour que m'ait donnée mon père.
C'est pour ça qu'on ne peut pas se mettre "à la place de". C'est pour cela aussi qu'on doit garder raison et ne pas se laisser submerger par l'émotion et la peur. Parce que c'est bien cette émotion, cette peur qui empêche l'interdiction du port d'armes aux Etats-Unis. Cette peur que ça nous arrive à nous. Sans penser que celui qui tue pourrait aussi être notre fils ou notre fille
Je crois qu'il ne faut pas oublier qu'on ne décide pas si notre enfant sera confronté un jour ou l'autre à une arme. Mais surtout que si ça arrive, on ne sait pas de quel coté il sera.
C'est ça être humain! Bisous
RépondreSupprimerMa réaction ou vouloir tuer l'autre? Bisous aussi ma canette...
SupprimerEntièrement d'accord avec toi! Je me rappelle de mes cours en Licence, j'avais pris le module "peine de mort aux USA", on regardait des films,des documentaires divers et variés et on en parlait, etc.
RépondreSupprimerLe but du prof était de nous laisser nous faire notre idée, notre opinion, c'était vraiment passionnant! J'ai beaucoup pleuré en visionnant les films, principalement "La Dernière Marche", il est vraiment parlant ce film....
Je dois dire qu'avant j'étais un peu partagée à ce sujet, parce que je me laissais dominer par l'émotion, comme beaucoup de gens, mais après cette année-là j'ai réussi à vraiment réfléchir à ça, et je suis farouchement opposée à la peine de mort, pour plein de raisons....
Une des 1ères, c'est que j'ai vu clairement dans tous ces reportages que la mort du coupable n'apportait rien aux victimes ou à leur famille...
On voyait souvent des familles qui voulaient voir le coupable mourir, et en fait quand elles ressortaient elles réalisaient que ça n'atténuait en rien leur peine, que rien ne changeait pour elles si ce n'est qu'elles avaient vu un homme mourir, ce qui n'est jamais anodin.....
Cette tuerie m'a bouleversée, j'en ai très mal dormi la nuit suivante, encore plus parce que ce weekend c'étaient les 7 ans de mon fils, et je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ces petits qui ne connaitront pas cet anniversaire parce qu'un mec a débarqué dans leur école pour les tuer....
Mais j'ai aussi pensé à la famille du meurtrier, parce que ça ne doit pas être simple non plus d'être le parent, le frère d'une personne qui fait ce genre d'horreur....
Et j'ai vraiment vu le décalage culturel qu'il y a entre moi et les américains (en général hein!), parce que quand je vois que plus il se passe de tragédies de ce genre, plus ils achètent des armes pour se défendre ça me sidère....Je me dis qu'ils prennent le problème complètement à l'envers....Mais c'est difficile de changer ça chez eux, ils sont conditionnés comme ça depuis le début de l'histoire américaine....
En tout cas bravo et merci de ton article!
Merci je suis contente de trouver des gens qui me comprennent!
SupprimerMerci pour cet article !
RépondreSupprimerIl y a quelques temps, j'avais regardé le film sur Badinter et son combat pour l'abolition de la peine de mort. J'avais été frappée par son argument : "On prend un homme vivant et on le coupe en deux morceaux". Déjà avant j'étais contre la peine de mort mais depuis, encore plus ...
Quand l'émotion est très forte autour d'un odieux fait divers, je pense à la famille du coupable, à sa mère. Je ne sais pas pourquoi mais c'est souvent comme ça, peut être parce que je ne peux pas imaginer ma réaction en tant que parent de victime ...
Je pense que les victimes ne sont pas que ce qui sont morts... Il y aussi les familles, du tueur comme des victimes... C'est ce que je dis, il est bien trop simple de ne se ranger que d'un seul coté
SupprimerTrès juste ton article !!!
RépondreSupprimerMa réflexion est peut-être un peu simpliste mais si tuer est illégal, lors d'une exécution le bourreau devrait dans ce cas là être lui aussi condamné !!!
Après, je comprend, même si cela ne l'excuse pas, qu'on puisse avoir envie de frapper, voir plus, la personne qui à fait du mal à son enfant, lui "cracher dessus" tout le mal qu'elle nous à fait.
Savoir écouter ses sentiments, mais ne pas les laisser nous dominer pour pouvoir rester objectif, ça ne doit pas être évident dans ces cas là.
Et pour en revenir à cette tragédie, j'ai une une boule au ventre quand, après, j'ai emmener mes enfants à l'école. La vie peu tellement basculer en 1 seconde !!!
A bientôt
Je crois qu'on a tous cette pensée... Maintenant il faut savoir s'en défaire pour ne pas "contaminer" nos enfants, qu'ils sentent que l'école est un lieu sure....
SupprimerPeut-être que c'est parce que je ne suis pas mère mais je trouve que j'ai été relativement peu émue par cette tuerie.
RépondreSupprimerBon, c'est peut-être aussi parce que je vis de smoments personnels difficiles et que je suis saturée émotionnellement, je ne sais pas...
Je déteste l'esprit bonne conscience qui voit fleurir des chaînes FB en mémoire des enfants et même je trouve cela indécent. Il y a une "consommation" autour de l'émotion, je trouve cela malsain.
Cela ne m'empêche pas de m'associer profondément à la peine des parents.
Mais le sentiment qui surgit immédiatement après concerne toute une réflexion sur "comment éviter cela".
Etant enseignante, je ne me leurre pas, je sais que c'est possible. A la fac, à chaque affaire de ce type, je réflechissais toujours au fait que n'importe qui pouvait rentrer dans un amphi plein à craquer avec un nombre d'issues très réduit...
Je supporte difficilement les appels à l répression parce que comme Mowgwaille, je trouve qu'on ne se met pas assez souvent à la place de la mère du coupable. Mais la réalité c'est que nous ne serions peut-être pas la mère de la victime.
Enfin, la société ne doit pas fermer les yeux face à la folie. C'est une partie intégrante de celle-ci, il y aura toujours des malades mentaux. C'est la prévention qu'il faut penser. Et ce n'est pas en fermant les yeux que nous y arriverons.
Ce qui me choque aussi, c'est de me dire qu'à chaque tuerie, les lobbys de marchands d'armes se réunissent et sitôt passé le moment du drame, ils se demandent sûrement comment parer à cette contre publicité pour leurs intérêts en expliquant que tuer c'ets mal mais que les armes c'est le bien!
Peut-être proposeront-ils une armurerie dans chaque établissement scolaire pour qu'il assure sa propre défense?
Tu vois tu as été touchée mais différemment. Mais sans doute, et c'est une chance, tu peux plus facilement prendre de la distance et construire une réelle réflexion (intelligente et fondée) avec ça. Et je suis tout à fait d'accord avec tout ce que tu dis.
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