De mes souvenirs d'enfance, j'ai gardé ce goût haineux pour l'injustice. Sans doute en a découlé logiquement mon choix de carrière, je me voyais comme une justicière au travers de l'éducation spécialisée.
Mais de ce goût de justice, je ne me suis pas arrêtée là. Je préfère militer et prendre les problèmes à la base plutôt que de donner de l'argent et avoir la conscience tranquille. Militante, je suis déléguée du personnel, déléguée des parents d'élève, je discute avec des parents trisomiques, je conseille des copains qui monte leur boite associative. Je ne conçois pas une journée à ne pas offrir un cailloux pour monter la sagrada familia de quelqu'un.
Je n'ai aucune prétention de mon impact dans le projets des uns et des autres, et pour être tout à fait honnête ce cailloux m'apporte bien plus de bonheur qu'il n'apporte quelque chose d'essentiel à l'autre.
Mais apporter son caillou, n'est pas quelque chose de facile. Parfois je dois apprendre à défendre une idée que je n'ai pas envie de défendre, apporter mon caillou au pont d'Avignon, ou discuter avec quelqu'un d'envahissant. Et puis des fois ton caillou tu te le prend en pleine tronche, et là j'ai beaucoup de mal.
Cette année donc je suis déléguée des parents d'élèves. Pas de bol pour moi, ça tombe sur l'année de la réforme des rythmes scolaires. Si je parle d'un point de vue personnel, moi, perso, la réforme je la trouve pas si mal.
D'abord parce que les enfants les plus défavorisés auront enfin accès à des activités péri-scolaire. Et ça pour moi, c'est le rôle de l'école républicaine. Ensuite par ce qu'on tente de respecter le rythme biologique des enfants.
Maintenant, se donner un an pour tout mettre en place n'aurait pas été de refus, et faire profiter de ce système les enfants à partir de l'école primaire, aurait été plus simple (au moins pour la semaine des 5 jours)
Donc, en tant que parents élus, me voilà depuis 1 mois à me rendre chaque mercredi soir à des réunions, à échanger par mail, à confectionner des questionnaires, pour être au plus juste dans ce qu'on doit défendre.
Et puis maintenant qu'on a tout bien mis en place, les parents commencent à râler, à demander des reports, à nous reprocher de prendre part pour l'équipe municipale et à ne pas savoir nous positionner. Les questions fusent, les reproches pleuvent mais rien d'autre n'est proposé.
Alors parfois, je pense aux personnes au pouvoir. Ceux qui font de la politique, un métier. Je vois le peuple français râler contre Sarkozy , contre François Hollande, et contre les "touslesmeme", et les engagements dépérir, et je vois les gens ne plus s'engager, ne plus proposer.
Alors j'écoute, je parle et je partage. Et sincèrement je ne comprends plus. Si on écoute, on se rend compte que la population voudrait avoir de l'argent, travailler le moins possible, payer peu d’impôt, que l'école prenne en charge les enfants pendant leurs heures de travail, qu'elle prenne en charge les devoirs, les repas. Il faudrait que tout ça soit gratuit, qu'on ne paye pas plus d’impôt locaux, que l'art soit offert à tous mais que surtout elle ne soit pas payante, qu'on ne touche pas au vacances et qu'on nous offre la possibilité de dépenser plus.
Après l'Etat providence, les gens attendent l'état maternel, qui nourrit, éduque, enseigne, protège. Mais d'aucun n'a l'idée qu'il a une responsabilité dans le bon fonctionnement de cette société autrement que par le vote.
"Politique" signifie "citoyen".
Georges Balandier disait: "La politique tend à fonder une science du politique, envisageant l'homme sous la forme de l'homo politicus
et recherchant les propriétés communes à toutes les organisations
politiques reconnues dans leur diversité historique et géographique ». Il est bien écrit l'homme. Pas l'homme politique. Pas le présidents de la république. L'homme.
La politique, ce n'est pas que voter, et râler. La politique c'est prendre position dans la vie de la cité. C'est s'engager, prendre un rôle actif dans une part de la vie citoyenne. On ne peut pas savoir qu'un spectacle se monte dans la commune, réclamer des places gratuites, et râler parce qu'on n'aurait pas fait comme ça dans la mise en scène. Puis l'année suivante, au moment du même spectacle recommencer.
Prendre une part active, ça ne signifie pas nécessairement s'engager dans tout. Mais c'est aussi se questionner, poser des questions, demander, proposer des solutions, et occasionnellement son concours. C'est aussi diffuser l'information, et quand on n'est pas d'accord, descendre dans la rue, mobiliser des gens, et sensibiliser l'autre à notre cause. C'est aussi accepter que l'autre soit aux antipodes de vous, accepter qu'ils n'ait pas les mêmes idées mais se battre pour qu'il soit entendu aussi, et que ça parole soit prise en compte.
Parce qu'à force de ne jamais être content sur rien, à force de ne jamais se positionner, à force de ne pas prendre acte dans notre société et de ne pas laisser les autres s'exprimer, un jour, quelqu'un viendra et décidera pour nous, sans nous demander votre avis. Ce jour là celui qui aura un avis différent aura la tête coupée pour ne plus pouvoir parler et ne plus pouvoir être entendu. A force de se croire protégé de ce genre d'acte, à force de penser que ça n'arrive qu'en Chine ou en Sierra Léone, le danger guette et rôde.
Et quand il sera là nous auront les lèvres cousus et les yeux bien ouverts pour pleurer.
| On est tous une pièce du puzzle |
Tiens ca me rappelle un billet que j'avais fait!!! Effectivement, les gens râlent mais ne proposent rien! Tout le monde pense individuel... Les gens ne pensent qu'à leur "gueule"!!!
RépondreSupprimerC'est bien dommage! Je suis d'accord avec toi, il y a du bon dans cette réforme! Ici c'est reporté a 2014, histoire de se concerter plusieurs fois avec la municipalité et les associations.
Je me suis présentée pour être déléguée des parents d'élèves mais c'est une toute petite école, dans un village et, fort logiquement, je n'ai pas été élue ... J'avoue que ça m'arrange, surtout par ici.
RépondreSupprimerPour la réforme des rythmes scolaires, ici, c'est reporté à 2014. Les communes, qui sont minuscules, ne savent pas trop comment elles vont pouvoir la mettre en application. Après, j'aimerais savoir, quitte à ce qu'ils aillent à l'école 4 jours 1/2, est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu, pour eux, que ce soit le samedi matin plutôt que le mercredi ? Parce que, franchement, 5 jours d'affilée école ... J'aurais aimé que, pour une fois, on regarde vraiment ce dont ont besoin les gamins et pas les adultes !
Sinon, je suis d'accord avec toi : à force de dire tous pourris et bons à rien, on va s'en prendre un qui décidera pour nous et ressortira la guillotine !
je suis on ne peut plus d'accord avec ton analyse;
RépondreSupprimerj'ai été instit, déléguée parent d'élèves , et je suis mère de profs^^
et je suis persuadée que la réforme est bonne;
elle ne gêne que les parents ;mais pour les enfants elle est très bien; et les enfants, c'est tout de même l'essentiel, non?
pour le reste , je suis aussi d'accord;
j'en aurais bien parlé dans mon ancien blog humeur, mais je me suis reconvertie en tricot^^cependant l'humeur a envie de mettre son grain de sel,^^
j'aime beaucoup ton article. Quand les gens arrêteront de penser chacun pour soi, et d'avoir tout sans donner rien, on avancera. Surtout qu'en France, on est quand même bien gâté pour pas mal de choses. Bon courage pour les prochaines réunions de parents d'élèves!
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup cet article.
RépondreSupprimerJe suis comme toi, je milite mais je donne aussi (quand je peux) de l'argent aux associations que je défends et je m'engage bénévolement.
Au delà de ça, je pense que les gens ne sont jamais contents, que l'on aille à gauche ou à droite, ils trouveront toujours le moyen de râler ! Par principe souvent.....
Je te souhaite bon courage !
Bisous
Je ne suis pas forcément ok sur toute la ligne (pour une fois) avec toi. D'abord parce qu'à mon sens ce n'est pas à l'école républicaine de proposer des activités périscolaires aux enfants. L'école est là pour enseigner les fondamentaux en 1er. Et puis cette réforme place les enseignants à la merci des maires, nous deviendrions donc des genres de fonctionnaires municipaux, et cela occasionnerait des disparités énormes. Les activités qui seront mises en place dépendront de la richesse des communes, et là je ne vois plus où est l'école pour tous.
RépondreSupprimerEt puis j'ai très peur pour le soir à la sortie de l'école, au moment d'aiguiller les enfants: "Toi tu rentres tout seul car tu es en CM2, toi c'est mamie qui vient te chercher, toi tu vas en APC, et toi tu vas au périscolaire de la mairie." Tu imagines les erreurs qui pourraient se produire? Multiplié par le nombre d'enfants qui auraient des horaires différents chaque jour pour certains? Moi ça me fait flipper.
Et puis pour les 1ers intéressés, les enfants, la chronobiologie n'est pour moi qu'une vaste fumisterie dans cette réforme. Car au final, les enfants qui iront en APC ou au périscolaire finiront à la même heure qu'avant et n'auront plus le mercredi matin pour souffler.
Alors comme tu dis, de là à toujours râler et ne jamais rien vouloir changer, ok ça le fait pas. Moi je me souviens de l'école le samedi matin. Mes élèves étaient sages, attentifs, on pouvait faire le bilan de la semaine, reprendre des choses non comprises, et placer là la musique, les arts visuels. Je trouvais le samedi matin efficace. Pourquoi pas y revenir?
Pourquoi pas aussi rogner sur les grandes vacances beaucoup trop longues pour les enfants? (Pour moi perso, ça me va bien, je vais pas pleurer que les vacances sont trop longues hein).
Enfin voilà mon avis, qui est celui de beaucoup de mes collègues enseignants. Mais comment accorder à la fois politiques, parents, enseignants, élèves? Pas possible dans ce genre de réforme où l'on ne consulte pas les 1ers concernés...
Des bises