L’autre jour, je discutais sur un forum du fait que, dans mon village, beaucoup de parents refusent de mettre leurs enfants dans le collège de secteur. Il est dans la ville voisine, accueille un public populaire et mixte : quelques enfants de mon village, des gamins de la cité d’à côté, et les fils et filles des paysans des villages un peu plus loin.
Moi, ce collège, je l’aime pour mille raisons. Mais ce qui m’a séduite dès le départ, c’est justement cette mixité et tout ce qu’elle allait apporter à ma fille. Pendant quatre ans, elle s’y est épanouie. Elle y a rencontré Daniel, un jeune d’origine portugaise qui lui a fait découvrir la gastronomie de son pays. Océane, avec qui elle s’est disputée puis réconciliée, issue d’une famille où les deux parents sont au chômage. Nejma, qui lui a parlé du Coran, du Ramadan, et qui l’a ouverte à d’autres visions du monde. Et tant d’autres encore. Chacun a semé une petite graine de culture et d’ouverture d’esprit chez ma fille… elle, qui jusque-là ne côtoyait que Clovis, Émile et Anaëlle, des enfants certes adorables, mais tous issus du même moule socio-culturel.
Sur ce forum, je discutais donc avec des profs et des parents qui affirmaient haut et fort : JAMAIS, au grand jamais, ils ne mettraient leur enfant dans ce collège (ou un collège de ce type).
Les excuses ? Toujours les mêmes :
- “La sécurité avant tout !”
- “Les enfants doivent être bien pour travailler.”
- “Le niveau est trop bas, il faut pousser les nôtres pour qu’ils réussissent.”
- Et le summum : “Il n’y a pas de mixité dans mon collège de secteur (devinez pourquoi…), alors on l’a mis dans un collège avec de la mixité.”
Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas mâché mes mots. J’ai mis les pieds dans le plat :
👉 “On arrête avec les excuses. La vraie raison, c’est que ça vous brûle les fesses à l’idée que vos enfants fréquentent des Arabes, des Noirs ou des familles en galère sociale.”
Offuscation générale.
👉 “Mais non ! On a juste fait des choix de sécurité pour nos enfants ! Rien à voir avec nos engagements politiques…”
La blague.
Qu’on soit clair : que des gens fassent des choix qui ne sont pas les miens, soit. Je n’ai aucun problème avec ça. J’ai même des amis qui préfèrent l’école privée parce qu’ils pensent que le public n’est pas assez performant. Ils assument.
Mais ce qui me fait bouillir, c’est cette hypocrisie crasse des bobos de gauche qui se cachent derrière leurs pseudo valeurs :
👉 “Non mais en vrai, c’est super la mixité… mais bon, chez nous, c’est pas pareil… il n’y a que des élèves avec des mères démissionnaires et des enfants qui lèchent les prises.”
Bien. Sûr.
Et pendant ce temps-là, je pense à tous ces profs de REP qui se battent pour leurs élèves. Ces profs qui, chaque année, arrachent des victoires contre l’échec scolaire et contre l’indifférence. Ces profs qui accompagnent au Panthéon des gamins qui, jusque-là, pensaient que Rousseau n’était que le nom de leur quartier.
Je pense à cette enseignante expliquant à des 3e pourquoi dire “wesh” n’est pas un drame mais que ça le devient quand c’est un tic de langage qui te ferme les portes d’un entretien. À ces deux autres qui ont donné de leur temps libre pour aider des parents à s’impliquer dans la scolarité de leurs enfants. Je pense aussi à Mme J., dans l’ancien collège de ma fille, qui l’a aidée en maths sur ses heures de pause, ou à M. F., qui lui disait : “On va t’accompagner pour que tu atteignes tes buts.”
Alors oui, ça doit faire mal, pour ces enseignants, de voir des parents fuir leurs collèges parce qu’ils ne seraient “pas assez bien pour leur progéniture”. Oui, ça fait mal de voir triompher cette vision bourgeoise, où l’on pense d’abord à la réussite individuelle plutôt qu’à l’intérêt collectif.
Moi, ce que je sais, c’est que je ne remercierai jamais assez ce collège rejeté d’avoir offert à ma fille une ouverture d’esprit et une confiance en elle que peu d’établissements plus “prestigieux” lui auraient donnée.
Et c’est bien dommage que les enfants de ces petits bourgeois passent à côté de cet apprentissage-là : celui de l’autre, celui de l’école de la vie.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Pleins de petit mots Jito!