« Il a pas grandi dans le ventre de sa maman ? »
Dans mon métier d’assistante maternelle, il y a des moments suspendus. Des instants de pure grâce, de réflexion profonde glissée dans une conversation à hauteur d’enfant. Un jour, il y a deux ans, une petite fille de trois ans m’a posé une question qui m’a touchée en plein cœur.
C’était un matin comme un autre. Nous étions en train de discuter, tranquillement, assis sur le tapis. Elle m’a regardée très sérieusement et a dit :
« On grandit tous dans le ventre de sa maman. »
Puis, elle a énuméré les enfants que j’accueillais :
« Raphaël, il a grandi dans le ventre de sa maman… »
Je me suis arrêtée. C’était l’occasion d’ouvrir une porte. Pas une porte compliquée, ni une leçon magistrale. Juste une autre façon de dire le monde. Alors, doucement, je lui ai expliqué.
Non, Raphaël n’a pas grandi dans le ventre de celle qu’il appelle aujourd’hui « maman ». Il a grandi dans le ventre d’une autre dame. Une dame qui, pour des raisons qu’on ne connaît pas vraiment, ne pouvait pas s’occuper de lui. Mais cette dame, elle l’aimait suffisamment pour lui offrir autre chose : une famille. Elle a trouvé une maman – une femme qui rêvait d’avoir un enfant, mais dont le ventre ne pouvait pas en porter.
Et cette maman-là, avec son compagnon, sont devenus les parents de Raphaël. Pas parce qu’ils l’ont « fabriqué » dans leur ventre, mais parce qu’ils l’aiment, le protègent, l’élèvent, rient avec lui, et lui apprennent la vie.
Parce qu’être une famille, ce n’est pas qu’une histoire de ventre. C’est surtout une histoire de cœur.
La petite m’a écoutée, avec ce sérieux profond que seuls les enfants savent avoir quand on leur parle vrai. Elle n’a pas eu besoin de poser plus de questions. Elle avait compris les sentiers : on peut venir au monde de plusieurs façons, et l’amour, lui, ne dépend pas de l’origine.
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